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Robert FRAIPONT sur la Ligne MAGINOT

Témoignage de Robert FRAIPONT qui raconte ce qu’il a vécu comme armurier, sur la ligne Maginot à l’ouvrage de Fermont, surnommé « LE FORT INVAINCU »

 FERMONT

1938 : MOBILISATION GENERALE

 

 

Etant frontalier, je me rends directement à l’ouvrage de FERMONT où m’attend mon paquetage. Avec les accords de MUNICH, cette mobilisation ne durera que 8 jours.

Ma famille a été évacuée. Les troupes françaises ont occupé mon garage et ma maison.

Démobilisé, je retourne à PIERREPONT pour y reprendre mes activités. La maison a subi quelques dégradations. Le garage, l’atelier et le magasin ont été pillés. Il ne me reste plus rien pour travailler, à part quelques bons de réquisition qui me seront payés onze mois plus tard …

Je suis désemparé et écœuré. Heureusement que Rose qui est coiffeuse pour dames a réussi à faire rentrer un peu d’argent.

 

1939: LA GUERRE

 

 

Hitler a l’intention d’attaquer Ia France et de dominer l’Europe, mais après la conquête de la Pologne, il se voit contraint de faire une pause pour rééquiper son armement et d’ajourner l’offensive jusqu’en mai 1940.

Appelées sous les drapeaux en 1939, les armées se contentent de chanter qu’elles iraient «pendre leur linge sur la ligne Siegfried », Pendant toute cette période, bien que vivant sous terre,  nous avions régulièrement des moments de détente en surface. Ce ne fut plus le cas à partir du 1 0 mai. Les allemands envahissent la France par la Belgique, contournant la Ligne Maginot et provoquant la déroute sans précédent de l’armée française.

Sans les troupes de surface, les fortifications étaient incapables de résister aux attaques allemandes qui les avaient encerclées.

Nous étions encerclés par les Allemands qui se camouflaient dans le bois à 100 ou 200 mètres de la Cloche de guet. Ils ont réussi à placer un obus de 25mm dans l’épiscope qui a volé en éclat et coupé en deux Florian PITON.

Je fus chargé de dégager le fusil mitrailleur après la mort de ce soldat.

Ce travail représentait un risque permanent pendant toute la durée de la remise en état car il n’y avait rien de prévu pour fermer l’emplacement du jumelage de mitrailleuses. Il m’a fallu l’obstruer en découpant une tôle de quelques millimètres d’épaisseur. Si les Allemands s’étaient rendu compte de la fragilité de cette protection, je ne serais sûrement plus de ce monde.

Après d’intenses bombardements d’artillerie, le BLOC 4, équipé de 4 canons de 75 a subi de gros dégâts. La cloche de guet qui possédait un jumelage de mitrailleuses, prise comme objectif, était pilonnée sans arrêt. Les allemands avaient compris que cet armement jouait un rôle capital dans la défense rapprochée de l’ouvrage.

Armurier de l’équipement militaire de l’infanterie, je fus chargé d’intervenir. Malheureusement l’ouvrage ne disposait d’aucune pièce détachée, ni de jumelage de mitrailleuses de rechange. Par contre, il existait des ateliers bien équipés, mis à la disposition du Génie. Le Commandant me donna carte blanche pour utiliser l’outillage de ces ateliers. J’exécute alors un travail hors du commun. Je redresse au chalumeau les boîtes de culasse; je fabrique au tour les tourillons et les bagues excentrées qui servent de réglage aux canons du jumelage. Le tout, remis en place et mis au point, permet au capitaine AUBERT de faire un tir d’essai prolongé et très réussi. Cet exploit m’a valu la citation suivante, à l’ordre du Régiment :

« FRAIPONT, Caporal, 149ème Régiment d’Infanterie de Forteresse (Ouvrage de Fermont)

Gradé armurier plein de conscience et de dévouement. A la suite d’un bombardement de destruction ayant causé la détérioration d’un jumelage a, pendant une nuit entière, effectué la réparation sur place, malgré un harcèlement d’artillerie »

 

27 JUIN 1940  EVACUATION DE L’OUVRAGE DE FERMONT

 

Le 26 Juin 1940, l’ordre d’évacuation de Fermont est rédigé par le Commandant POPHILlA T.

27 Juin 1940 : le Capitaine Aubert négocie l’évacuation de l’ouvrage avec des officiers allemands …

… l’équipage s’en va en rangs pour le camp de Doncourt qui sera sa première étape sur la route de la captivité, mais les hommes ne le savent pas encore! …

Ce n’est que le 1er Juillet 1940, après de multiples négociations avec nos officiers, que les Allemands ont décidé de nous considérer comme « prisonniers d’honneur », mais ce n’était que des paroles.

 

PRISONNIER

 

Comme tous mes camarades, je suis fait prisonnier 15 jours après l’armistice. La désorganisation nous avait complètement coupés du monde extérieur, et, malgré l’insistance des autorités allemandes, le Commandant a refusé la capitulation. Nous avons donc résisté aux attaques allemandes tant que le Commandant n’a pas eu la certitude que tout était perdu.

LE CAPITAINE AUBERT

 

Le Capitaine AUBERT, officier actif et courageux, ayant conduit la défense de l’Ouvrage de Fermont avec une ténacité et une énergie remarquables, fut cité à l’Ordre de l’Armée le 30 septembre 1940.

Il fut fait prisonnier, ainsi que tous les hommes qui servaient sous ses ordres à Fermont et fut interné avec d’autres officiers dans le camp du petit séminaire de MONTIGNY LES METZ d’où il s’est évadé par un soupirail, la veille d’être transféré en Allemagne, et après de nombreuses péripéties hasardeuses.

Il a rejoint l’armée en Afrique du Nord et fut tué à la frontière tunisienne où l’armée française essayait vainement d’arrêter la progression de l’armée allemande commandée par le Général ROMMEL.

Sans entraînement, encadrés par l’armée allemande, nous sommes partis à pieds jusqu’à METZ (40 km) par une très forte chaleur. Ce fut une épreuve épuisante que, comme beaucoup d’entre nous, j’ai très mal supportée.

Au Fort de QUEULEU, les Allemands nous rassemblaient 5 fois par jour dans la cour pour nous compter et nous trier suivant nos professions dans le civil et le corps d’armée auquel nous appartenions.

En principe tout le Génie fut déporté en Allemagne. C’est ainsi que mon ami Jean COUIGNON en a pris pour 4 ans. En ce qui me concerne, j’ai pu faire admettre qu’un garagiste n’était pas forcément mécanicien. Je fus donc envoyé à SUIPPES pour soi-disant donner un coup de main au secteur agricole.

Nous étions tous très durement traités et utilisés à des travaux de déblaiement et de nettoyage dans les casernes abandonnées ou les immeubles démolis par les bombardements. Sales, sans hygiène, nous avons tous ramassé toutes sortes de vermines: poux, morpions, puces, etc. …

J’eus la chance de me trouver un jour à proximité de la voiture du Commandant du camp lorsqu’elle est tombée en panne. La garnison de Suippes était totalement dépourvue de moyens de dépannage; les techniciens se trouvant dans les unités combattantes, il leur fallait donc avoir recours au centre de REIMS pour pouvoir se dépanner. J’ai réussi à faire comprendre à mon gardien que je pouvais dépanner la voiture.

On mit aussitôt mes compétences à l’épreuve. Je réussis brillamment cette opération en prélevant la pièce usagée sur le moteur d’un véhicule français détruit au cours d’un bombardement. Il s’agissait d’un clapet de pompe à essence que j’ai pu modifier et adapter.

Dans un espace approprié et déjà équipé d’une fosse et d’un atelier qui avait servi autrefois à l’armée française pour l’entretien de ses véhicules, et que les allemands réapprovisionnèrent en petit outillage, exempté des corvées journalières, je devins maître des lieux et chargé de l’entretien des véhicules du camp.

Mon gardiennage ne semblait pas avoir été défini d’une façon rationnelle. J’étais plus ou moins sous la responsabilité du chauffeur du Commandant qui, de par ses activités, était souvent absent. C’était un garçon sympathique qui m’a quelque fois invité à partager son déjeuner quand le Commandant devait être en permission.

Ma nouvelle affectation m’a apporté un grand soulagement, mais pas davantage d’hygiène.

 

 

 

 

L’EVASION

 

Quelques allemands m’ont témoigné une certaine sympathie qui m’a aidé à préparer mon évasion.  J’avais trouvé un filon qui me permettait de gagner un peu d’argent en fabricant des bagues avec des pièces de monnaie françaises sur lesquelles j’adaptais des cabochons avec la Croix Gammée ou la Croix de Fer que je fabriquais avec d’autres pièces de monnaie en nickel. Mes bonnes relations avec les allemands m’avaient permis d’estomper leur méfiance. Certains, avec beaucoup de précautions, m’apportaient quelque fois un peu de nourriture, à condition que je la consomme sur place …. J’ai même réussi à me faire apporter une veste et un pantalon en coutil. Ces vêtements n’étaient pas très à ma taille, mais ils me permettraient, une fois sorti du camp, de ne pas me faire repérer par les lettres PG  peintes en blanc sur le dos de tous les prisonniers.

D’autre part, j’avais réussi à subtiliser un estagnon de 20 litres d’essence que je comptais négocier dans un café qui se trouvait à l’orée d’un bois à 200 mètres du camp et sur le chemin que je comptais prendre en m’évadant.

Tout semblait bien au point, et un matin, alors que mon garde était absent depuis la veille, je me décidais à franchir la clôture dans laquelle j’avais préparé un passage.

Je fis la bêtise d’accepter mon voisin de chambre comme compagnon de route. Ce garçon n’était pas fréquentable, mais dans de telles circonstances, on ne choisit pas! Cet individu, probablement proxénète et voyou de grand chemin, m’avait fait penser qu’il pouvait m’être utile dans l’expédition que j’allais entreprendre. Je m’étais trompé: dégonflé dans toutes les situations délicates, il risquait à tout moment de nous attirer des ennuis en essayant de m’entraîner dans des vols de bicyclettes ou de voitures, ce qui n’aurait pas manqué de nous faire repérer et capturer.

Partant de Suippes, nous sommes allés à Châlons-sur-Marne où on nous avait indiqué une filière qui n’a pas marché. De Châlons, nous avons mis le cap sur Dijon, couchant dans des granges isolées, des baraques de jardins, ou, parfois dans des fermes où nous avons toujours reçu un bon accueil. Je n’hésitais pas à donner un coup de main aux paysans qui nous hébergeaient, alors que mon compagnon recherchait la compagnie des grand-mères, trouvant toujours une bonne excuse pour ne pas travailler.

Nous avons parcouru ainsi 253 km à pied, jusqu’à Dijon. Nous avons pu éviter les pièges grâce aux personnes que nous rencontrions et qui très gentiment nous mettaient en garde pour éviter les collaborateurs et les endroits où il ne fallait pas aller.

A Dijon, j’ai pris contact avec mon ami Corino que je fréquentais lorsque j’habitais dans l’Est. Il était italien. Ne pouvant nous recevoir chez lui, c’est avec beaucoup de précautions qu’il nous a fait passer la nuit dans un hôtel. Le lendemain, il m’a emmené sur le marché et m’a acheté quelques vêtements pour me permettre de me changer.

Sur les conseils de cet ami, nous avons pris un train dans une gare au Sud de Dijon. Rempli de militaires allemands et de quelques civils, ce train nous a emmenés jusqu’à la Ligne de Démarcation qui était son terminus. Nous avons débarqué, ainsi que tous les voyageurs, sur un quai, dans une obscurité complète, par une nuit sans lune. Pas de gare, juste un petit local avec des leviers permettant de manœuvrer les aiguillages et un employé de la SNCF pour faire le travail.

Je m’adresse à cet employé qui me signale que la région, et particulièrement l’endroit où nous sommes, est très occupé par des garnisons allemandes, mais ne me donne aucun conseil, excepté celui de la prudence.

Désemparé, je reviens sur le quai. Tous les voyageurs, militaires compris, avaient disparu, à l’exception de trois hommes, dont un, en état d’ébriété, qui vociférait, parlant d’un officier français qu’il attendait depuis midi. Il s’agissait en fait d’un passeur qui attendait cet officier pour lui faire franchir clandestinement la Ligne de Démarcation le lendemain.

Je profite de cette aubaine et propose à cet homme de remplacer l’officier en le prévenant que je ne disposais certainement pas des mêmes moyens que l’officier pour une éventuelle rémunération. Il n’en tient pas compte et accepte très gentiment de nous embarquer.

Il habitait à quelques km de là et était venu chercher son client avec une charrette tirée par un mulet.

Après avoir parcouru environ une centaine de mètres, il s’arrête, nous laissant dans l’obscurité et nous dit qu’il doit aller au bistrot retrouver son copain pour le prévenir qu’il regagne son domicile. Après un laps de temps qui nous a paru très long, ne le voyant pas revenir, je me décide à essayer d’aller le récupérer. Je ne voyais même pas l’ombre du bâtiment tellement il faisait noir, mais quelques lueurs m’ont permis de trouver enfin une porte que j’ouvre pour me retrouver de plein pied dans la grande salle d’un café où environ une quinzaine de tables sont toutes occupées par des militaires allemands et quelques civils en train de consommer. Quel choc! …

J’ai eu beaucoup de mal à repérer et à récupérer mon acolyte que je ne connaissais que depuis très peu de temps. Personne ne semblait faire attention à moi, mais j’étais très inquiet et envisageais le pire au cas où cela aurait mal tourné

La bourrique nous emmène, donnant l’impression de savoir où elle allait et se passant des directives de son maître. Celui-ci, après avoir régurgité tout ou partie de ce qu’il avait absorbé avec le copain, reprit ses esprit et réalisa qu’il ramenait à son épouse deux lascars n’ayant rien en commun avec l’officier qu’il avait attendu. Paraissant gêné, il nous demande si nous pouvons nous contenter d’une grange ou d’une écurie comme dortoir. Cela nous importait peu et nous aurions même pu coucher à la belle étoile sans grimacer.

Ses craintes étaient injustifiées: la maîtresse de maison, connaissant notre situation financière, nous accueillit avec gentillesse, nous faisant profiter du bon repas et du bon lit prévus pour celui qu’elle avait attendu.

Le lendemain, suivant un processus bien au point, il nous faisait passer le Ligne, ainsi que 7 ou 8 personnes de toutes conditions que nous avons retrouvées au café où il nous avait donné rendez-vous.

En le remerciant chaleureusement, je lui ai offert le peu d’argent dont je disposais et qu’il a très dignement refusé … Ouf!

Après le passage à la gendarmerie du premier village rencontré, et dont je ne me souviens pas du nom, mon compagnon et moi obtenons tout ce qu’il nous faut pour regagner nos domiciles gratuitement.

 

(Pour les photos de l’ouvrage de Fermont cliquez ici)

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